La jeune Bergeracoise de 21 ans enchaîne les succès. Il devient difficile de suivre le nombre de titres qu’elle accumule, tant son palmarès s’étoffe rapidement. Et pourtant, sa carrière ne fait que commencer, dans une discipline aussi exigeante que méconnue du grand public : la marche athlétique.
Des débuts pluriels
Si la marche est aujourd’hui au cœur de la vie d’Ana, cela n’a pas toujours été une évidence. Petite, elle touche à de nombreuses disciplines : roller, danse… C’est finalement l’influence de son père, ancien sauteur en hauteur, qui l’oriente vers l’athlétisme. Elle y découvre avec plaisir la diversité des épreuves.
C’est à 13 ans que Didier Vernet, son entraîneur, lui propose d’essayer la marche.
« Je me suis dit pourquoi pas cette discipline », se souvient Ana.

« Je voyais beaucoup de filles marcher, ça m’impressionnait de les voir aller si vite ! »
(pour information, les meilleurs féminines font moins d’1h30 sur un semi marathon).
Une ascension fulgurante
Dès ses premières compétitions, Ana se distingue. Elle fait rapidement partie des meilleures de sa catégorie. Ces premiers résultats prometteurs lui ouvrent les portes du Pôle Espoir de Talence.

« Je m’y entraînais tous les jours », explique-t-elle. Une immersion intensive qui lui permet d’affiner une technique indispensable dans sa spécialité.
Un duo de confiance
À 18 ans, Ana rejoint le Stade Bordelais, poursuivant son développement avec un visage familier : Christophe Le Nocher, son entraîneur de toujours à Bergerac.
« J’ai longtemps hésité à intégrer le pôle France à Nancy », confie-t-elle. « Mais on se connaît très bien avec Christophe, on pouvait encore bien progresser ensemble. Et stratégiquement, c’est mieux de ne pas s’entraîner avec toutes mes concurrentes », sourit Ana.

« C’est un excellent coach, il entraîne notamment Yohan Durand ! Il est très performant en demi-fond et a une approche de l’entraînement qui me plaît », ajoute-t-elle.
Bien qu’il ne soit pas spécialiste de la marche, Christophe a su voir le potentiel d’Ana. Il n’a pas hésité à se former, à passer de nouveaux diplômes. Ensemble, ils progressent, apprenant l’un de l’autre dans une belle complicité.

Le volume d’entraînement varie selon les objectifs, mais une chose reste constante : la régularité. Ana s’entraîne environ neuf fois par semaine, avec des contenus variés.
« Ce que j’aime aussi avec mon coach, c’est la diversité des séances. On peut passer d’un entraînement technique à du running, de la muscu au paddle, et même du yoga ! D’ailleurs, je ne suis pas très souple, donc c’est super d’avoir un temps dédié à ça », s’amuse Ana.
La récompense de l’effort
À 17 ans, Ana devient vice-championne de France cadette. Une première médaille nationale, gravée dans sa mémoire comme l’un de ses plus beaux souvenir.
« À ce moment, je me suis dit : « je fais enfin partie des grands » »

L’année suivante, elle explose : sélection en équipe de France pour les Mondiaux juniors par équipes, et premier titre de championne de France. Huit autres suivront dans les années qui viennent, rien que ça.
Mais la Bergeracoise ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : les premières médailles internationales ne se sont pas fait attendre, avec notamment un titre par équipe décroché cette année lors des championnats d’Europe !

Des ambitions bien tracées
1. Championnat d’Europe individuel en juillet : objectif podium. Ana est actuellement la deuxième meilleure performeuse européenne sur 20 km marche.
2. Championnat de France Élite, le 3 août à Talence, presque à domicile. Elle espère y briller, même si la concurrence s’annonce relevée.
« Cette année, les filles qui ont fait les JO seront présentes contrairement à 2024. Le niveau sera plus haut. »
3. Objectif long terme : les Jeux Olympiques. Ana vise clairement Los Angeles 2028… et même Brisbane 2032 !
« En marche, on est au top entre 25 et 32 ans. Je serai donc, normalement, à mon meilleur niveau pour les Jeux de 2032 », projette-t-elle avec ambition.

Les progrès fulgurants de la Bergeracoise laissent entrevoir de belles perspectives pour la suite de sa carrière. En l’espace d’un an seulement, elle a amélioré son chrono sur 20 km de plus de quatre minutes, pour atteindre 1h31’39.
Un temps qui la place désormais à un peu plus de trois minutes des minima requis pour les championnats du monde, une compétition que l’on peut raisonnablement imaginer voir Ana Delahaie disputer dans les prochaines années.
Une discipline en pleine mutation
Peu médiatisée en France, la marche athlétique reste encore dans l’ombre, malgré les performances d’athlètes internationaux qui ont marqué les esprits, dont Yohan Diniz il y a quelques années.
Mais le règlement évolue. Le passage du 20 km marche à un format semi-marathon pourrait changer la donne.
« Ça permettrait de combiner la marche et la course à pied lors d’événements, ce qui rendrait notre sport beaucoup plus visible qu’aujourd’hui. »

